Invité de l’émission spéciale « La Nuit des 100 jours » diffusée sur Gabon 1ère, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement Rural, Pacôme KOSSY, a dressé le bilan de ses cent premiers jours à la tête du département et dévoilé les grandes orientations destinées à renforcer la souveraineté alimentaire du Gabon.
Cette intervention s’inscrit dans le cadre de l’exercice de redevabilité engagé par le gouvernement, alors que le pays demeure fortement dépendant des importations alimentaires, estimées entre 70 et 80 % de la consommation nationale pour une facture annuelle avoisinant les 500 milliards de FCFA. À cela s’ajoute l’échéance de l’interdiction des importations de poulet de chair, prévue dans six mois.
Dès l’entame de son intervention, le ministre a rappelé les six axes prioritaires de sa feuille de route : l’accroissement de la production agricole, la modernisation des filières agropastorales, le développement rural inclusif, la santé animale et la biosécurité, la gouvernance du secteur et le financement agricole, ainsi que l’innovation, la formation et la recherche-développement. Selon lui, ces cent premiers jours ont permis de « poser les fondations de la souveraineté alimentaire du Gabon ».
Une stratégie ambitieuse pour la filière avicole
Parmi les chantiers majeurs engagés figure le développement de la filière avicole. Pacôme KOSSY a annoncé la mobilisation de 775 milliards de FCFA d’investissements privés, sans recours à l’endettement public.
L’un des projets phares concerne l’installation d’une ferme avicole intégrée à Ichad par un investisseur turc, pour un montant de 120 millions de dollars. Ce complexe comprendra notamment des plantations de maïs et de soja, des unités d’élevage modernes, des provenderies, un abattoir ainsi qu’un réseau de distribution.
L’objectif affiché est de produire à terme 130 000 tonnes de poulet de chair par an, soit davantage que les volumes actuellement importés. D’ici la fin de l’année 2026, la production locale devrait déjà atteindre entre 8 000 et 9 000 tonnes grâce à l’importation temporaire d’intrants et d’œufs à couver.
Douze filières prioritaires pour réduire les importations
Le ministre a présenté le Plan Sectoriel Agricole 2026-2030, structuré autour de douze filières stratégiques réparties entre productions animales, végétales, maraîchères et horticoles.
Parmi les produits ciblés figurent le poulet de chair, le bétail, le porc, le manioc, la banane, le riz, la tomate, l’oignon, le piment, l’ananas et la mangue. Le gouvernement entend ainsi réduire progressivement les importations de denrées alimentaires qui pèsent lourdement sur la balance commerciale.
Pour soutenir cette dynamique, des infrastructures de stockage, de transport et de transformation seront développées afin de limiter les pertes post-récolte. Plusieurs agropoles sont également projetés dans le Woleu-Ntem, le Haut-Ogooué, la Ngounié ainsi qu’en périphérie de Libreville.
Des résultats encourageants après 100 jours
Selon Pacôme KOSSY, le taux global d’exécution des actions prévues atteint près de 98 %. Au cours de cette période, cinq partenariats public-privé ont été conclus, tandis que 150 exploitations avicoles ont intégré un programme d’accompagnement et de renforcement des capacités.
Par ailleurs, 97 exploitations portées par des femmes et des jeunes ont bénéficié d’un appui spécifique, 156 producteurs ainsi que 72 agents publics ont été formés, et trois vétérinaires ont été déployés sur le terrain. Dix coopératives spécialisées dans la transformation du manioc bénéficient également d’un accompagnement technique.
Formation et emploi : miser sur les compétences
Le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer le capital humain pour accompagner la transformation du secteur agricole.
À cet effet, l’École Nationale des Cadres Ruraux d’Oyem rouvrira ses portes en septembre 2026 avec une capacité d’accueil de 300 étudiants. L’Institut National Supérieur d’Agronomie et de Biotechnologies (INSAB) de Masuku poursuivra également sa mission de formation des futurs ingénieurs, techniciens et agroéconomistes.
Concernant les recrutements, Pacôme KOSSY a rappelé que 66 agents ont déjà été intégrés dans les effectifs de l’État sur les 200 postes budgétaires annoncés.
Valoriser un potentiel foncier encore largement inexploité
Le ministre a souligné que le Gabon dispose d’environ cinq millions d’hectares de terres à vocation agricole, dont seulement 2 % sont actuellement exploités.
Afin d’optimiser cette ressource, une actualisation du profil des sols est en cours. Cette étude permettra d’identifier avec précision les cultures les mieux adaptées à chaque région du pays, en fonction de leurs caractéristiques pédologiques et climatiques.
Faire de l’agriculture un moteur de diversification économique
Reconnaissant que les systèmes alimentaires ont longtemps occupé une place marginale dans l’économie nationale, Pacôme KOSSY a lancé un appel à la mobilisation de l’ensemble des acteurs, notamment les jeunes.
Il les a encouragés à investir les métiers liés à la transformation, à la logistique, au transport, à la commercialisation, aux technologies agricoles et à la finance rurale, autant de secteurs appelés à jouer un rôle déterminant dans la diversification économique du pays.
À travers ces différentes initiatives, le gouvernement réaffirme son ambition de réduire significativement la dépendance alimentaire du Gabon, d’atteindre la souveraineté alimentaire dans les deux prochaines années et de faire du pays un exportateur net de produits agricoles à l’horizon de quatre à cinq ans, conformément à la vision du Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, S.E Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA.


